Semaine 4

Persévérance ou folie ? Le monde s’accommoderait sans mal de son silence. Alors que tout sûrement a déjà été dit, cent fois, mille fois, avec les tournures de phrases les plus inventives, le vocabulaire le plus audacieux, une syntaxe à déniaiser la langue et une inspiration fertilisée au crottin des Pégase, une force pousse malgré tout l’auteur à continuer d’écrire. Isolé au cœur de tant d’éclat, armé seulement de sa phrase molle, il se sent comme un peintre travaillant sans relâche à s’en faire péter les phalanges, mais condamné à pisser sur une toile peinte représentant déjà la pluie : à ce point à la bourre, il ne peut plus que tout salir.

Paradoxe de l’écriture : bousculer la langue, la tordre, dans le même temps qu’on en prend soin.

On se trompe gravement à me croire négligeant sur le ménage ! Alors que chaque jour je passe des heures à dresser, apprivoiser, domestiquer les acariens ! Soucieux de biodiversité et de la sauvegarde de l’espèce, m’assurant avec application des conditions favorables à leur reproduction, je m’acharne à vivre au milieu d’eux pour qu’ils se fassent à ma présence, faciliter l’imprégnation, pour qu’ils se familiarisent avec moi, ma voix, mon empreinte ; condition nécessaire pour que je parvienne à les dompter – sans les moindres fouets ni cravaches ! –,  à leur commander et à me risquer de temps en temps à passer un bras entier dans leurs gueules. Ainsi puis-je me vanter d’une sécurité totale envers mes visiteurs : je n’ai pas souvenir que quiconque passant pour le thé dans ma réserve ait été mordu ou même attaqué ; et je m’étonne que mon numéro intéresse toujours aussi peu.

Tous ces détails qui ne sont pas que des détails.

Détecteur de fumée obligatoire. Sa petite lumière rouge au rythme régulier qui clignote dans le noir ; vol silencieux d’un avion de nuit dans le ciel bas de mon plafond.

Le ronflement du frigo relaie celui de l’aquarium en écho à l’écoulement dans les canalisations qui répond au tic-tac de l’horloge : les objets se parlent dans une langue qu’ils sont les seuls à comprendre. Quel avenir pour cet idiome à l’heure des objets connectés ? Comme le français pour l’occitan, le burgondan, le gascon argotique ou le beauceron septentrional, j’ai peur que la domotique et ses progrès ne soit fatale à leur patois. 

Projets immobiliers, travaux, rénovation, gentrification : plusieurs amis du centre-ville vont devoir céder leur logement. Péripéties d’un contexte où il devient plus compliqué de reconduire un bail qu’un état d’urgence.

Détecteur de fumée ? Mon œil ! La faire clignoter et nuire ainsi à sa discrétion, donc à son efficacité, n’était déjà pas très malin. Mais quel est l’imbécile qui a eu l’idée de visser cette mine antipersonnel au plafond ?

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