Semaine 5

Portes ouvertes des ateliers théâtre et lecture animés par une amie. Très touché par les lecteurs. Par la qualité des textes lus, mais aussi par ce qui circule au travers des lectures : fragilité pour certains, plus grande assurance pour d’autres – pour tous une mise en danger. Je me sens proche, solidaire de leur fébrilité. De cet élan qui les pousse malgré tout à aller au-devant des autres et d’eux-mêmes. Moi aussi il arrive que mes phrases tremblent, comme les feuilles dans leurs mains molles car saisies par le trac.

Je n’attends jamais les mots. Ce ne sont jamais les mots qui viennent à moi. Mais leur désir.

Installation de la mise à jour 1 sur 20. Veuillez ne pas déconnecter. Je crains que ce message ne soit apparu tout à l’heure sur mon visage face à cette fille que je connais, que je n’avais pas vue depuis longtemps, et qui vient de me raconter sa vie dans le détail comme elle le fait chaque fois que je la croise, persuadée – je le devine aux ellipses qu’elle s’autorise dans son récit – que je sais tout, que je me souviens de tout ce qu’elle m’a dit ou raconté les fois précédentes, convaincue que je ne peux que me rappeler les péripéties nombreuses et le moindre événement de son existence, comme si c’était moi-même qui les avais vécus. La façon dont elle a tourné les talons au milieu d’une de ses phrases me fait penser qu’elle a dû déceler sur mon visage un doute, une incompréhension, – peut-être un brin d’ennui –, en tout cas le besoin d’une sévère remise à niveau que l’intérêt sans bornes qu’elle accorde aux aléas de sa vie ne saurait supporter. Qu’est-il alors arrivé au chien mignon de sa grand-mère emmené en urgence chez le vétérinaire le matin de Noël pour avoir pointé son museau trop près du four ? Je ne le saurai sûrement jamais – déconnexion brutale, mise à jour incomplète.

Le battement d’aile d’un papillon peut déclencher une tornade à l’autre bout du monde, mais rien pour l’oie sauvage, la chouette hulotte, le balbuzard ou même l’albatros. Chez l’animal non plus, tout le monde ne peut pas réaliser des prodiges. Il faut dire que la transformation de la larve en chrysalide et de la chrysalide en imago témoigne déjà de dispositions remarquables. De la magie à l’état pur ! En comparaison la sortie de l’œuf fait penser à de la prestidigitation bâclée, un pauvre tour de moldu. A croire que le papillon seul a fait Poudlard.

Abandon de Lutin des bleuets et d’Hespérie du dactyle. Victoire d’Azuré du bolkar devant Bombyx de datin et Fadet des balkans : ne serait-ce pas un beau tiercé ? Ne reste plus qu’à trouver les jockeys – Poux ? Tiques ? Pucerons ? – capables de cravacher ces montures.

Une boulangerie. Une femme enceinte, de profil, avec une baguette sous le bras. On dirait une cornemuse.

Méandres de l’esprit, blancheur immaculée, cœur battant la chamade, océan de solitude : que les clichés sonnent doux ! Mais leur harmonie tient moins à leur nature qu’à nos oreilles dressées à les entendre. Notre habitude à les rencontrer.

Le langage regorge de lieux communs. De pièges, de poncifs, d’éléments fossilisés. Se méfier des mots trop attendus, de leur association mécanique, des expressions qui viennent trop facilement sous la plume. Il y a dans la langue une force, un truisme qui pousse à l’inertie, au gel de l’expression ; donc de la pensée. Lutter contre cette force. Lui résister autant que possible. Écrire aussi contre la langue.

Publicités