Semaine 6

Look alter et charity business. Tee-shirts jaunes, rouges ou verts selon l’ONG concernée. L’air sympa et un sourire aussi large que la rue où vous les croisez : « salut, tu connais la Croix-Rouge ? » Combien la décontraction intéressée du marketing humanitaire me gonfle ! Allergie à ses petits soldats et leur cool attitude. Urticants et contre-productifs. C’est bien simple : sitôt que je les vois me vient l’envie de bombarder des populations civiles, d’arroser mes plantes au gazole et de griller du koala au barbecue !

Un crocodile tant pénétré de son destin qu’il ne peut plus plier la queue sans faire un bruit de portefeuille.

Accablement de l’homme de paille de ne pouvoir se débarrasser de son rhume des foins.

Un jeune homme lit debout sur le trottoir en attendant le bus. Il s’est mis un peu à l’écart de l’arrêt. Tout entier à sa lecture il en laisse passer un premier, puis un deuxième, pour seulement monter dans le suivant. Réconfortant de voir quelqu’un capable de ça.

Ces gens qui se passionnent tant pour ce qu’ils disent, leur parole assurée et qui leur parait d’or, à ce point attentifs à eux-mêmes que leurs interlocuteurs sont superflus.

Inaptitude complète au débat. Je plie face à vos arguments, je m’étiole dans la confrontation, je suis vaincu par vos effets de langage, je n’oppose qu’embarras et silence à votre parole de conquête, je m’efface devant votre assurance à dire le pire et le meilleur. Mais ne vous gonflez pas trop de vos succès de peu de gloire. Et croyez bien plutôt en ma lâcheté qu’en votre force.

Devant quelle nécessité ou la pression de quel entourage faut-il devoir se coucher pour glavioter « Toujours debout » ?

Les poncifs sont des déchets encombrants et de décomposition lente. Lorsque je lis un texte réussi mais qui en contient quelques-uns, j’ai l’impression de contempler un joli paysage, grossièrement clairsemé de sacs plastiques et de papiers gras.

Réforme de l’orthographe. Après la gélinotte des bois, le kakapo, le grèbe mitré, la colombe de Grenade : l’accent circonflexe. Encore une espèce en voie d’extinction. Regret éternel de sa grâce aérienne, de sa graphie légère, de sa présence anguleuse – de son ombre pudique. Je garderai longtemps la nostalgie de son vol discret au-dessus de nos maitresses.

Comme plus personne bientôt ne saura les casser correctement, c’est-à-dire d’un coup sec et sans laisser d’éclats, en conséquence de quoi il deviendra pareillement délicat de trouver une émulsion qu’un texte sans coquille, je propose la seule réforme raisonnable et susceptible de relancer le goût perdu des français pour la cuisine : supprimons les œufs de l’omelette !

Ne cherchez plus : la voilà la vraie victime ! Le corps le plus touché, salement abîmé, mutilé au front des indigents. Quel triste hôpital de campagne pour l’amocher à ce point. Ce « i » perdu, amputé : quelle laideur ! Où l’on me dit ognon je ne vois plus qu’un moignon. Un mot martyr. Défiguré pour l’exemple. La gueule cassée de la réforme.

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