Semaine 12

Un bulldog en laisse, musculeux, anguleux, les yeux clos et couché sur le ventre, attaché à un poteau devant le tabac-presse où je me rends. Il me fait penser à un portable en charge.

Le souci de la vérité et d’une juste compréhension des choses m’incite à révéler que ce n’est pas le rouge de sa cape qui excite le taureau dans l’arène – mensonge ! Légende ! Mystification ! – mais bien plutôt l’accoutrement de carnaval du torero, son fameux habit de lumières et le grotesque de sa taleguilla resserrée au-dessus du genou, culotte bouffonne échauffant l’atavisme et les nerfs de générations de bestiaux préparés au combat, dont ils ne supportent plus depuis longtemps le ridicule et le mauvais goût.

Les dix meilleurs joueurs mondiaux auraient à eux seuls encaissé près de la moitié des gains distribués l’an dernier sur le circuit de tennis professionnel – aux uns les coups droits gagnants, aux autres les revers de fortune.

La même taille à peu près, le même poids, la même silhouette, pour un souci similaire de vitesse et d’allègement maximum : les pilotes de Formule 1 et les jockeys se ressemblent tout de même beaucoup. Et pourtant, c’est bien plutôt dans les paddocks que les hôtesses accortes et plantureuses vont toucher leur tiercé.

Observer les allers-retours incessants des poissons enchaînant continuellement les longueurs du matin jusqu’au soir dans leur aquarium en rectangle entame il est vrai mon admiration pour les nageurs olympiques.

Tandis qu’Alain Bernard repose sagement sur le fond, paisible et immobile sur le gravier près de l’amphore en terre cuite, Florent Manaudou se précipite si bien vers la surface pour se gaver de nourriture qu’il en crève aussitôt, se retrouve sur le dos et devient Camille Lacourt.

Journée nationale contre la chute de cheveux. Le jour de mes 45 ans. Merci bien pour le symbole !

Chaînes d’informations en direct et JT. A chaque attentat on retrouve les mêmes intervenants, les mêmes consultants, les mêmes experts, qui comprennent si bien les choses, les expliquent avec tant de détails et de conviction qu’on se demande pourquoi elles arrivent encore.

Il suffit donc de s’allonger dos au public sur un canapé rouge pour oublier les techniciens, les projecteurs, la caméra, les millions de téléspectateurs devant leur écran et ainsi faire sur le ton de la confidence des révélations sur sa vie, ses choix, ses projets, son intimité et la part de soi la plus secrète, manifestement surpris à la fin de l’exercice de s’être ouvert à ce point comme un livre et de ces choses « si personnelles » que l’on avait « jamais dites encore jusqu’à ce soir ». Que la méthode est astucieuse et efficace ! On se demande d’ailleurs bien ce qu’attendent les autorités pour inviter les candidats à l’attentat chez Fogiel.

Comme certains excès de zèle ou autres bavures policières en attestent, la différence n’est pas toujours si nette entre ce qui nous protège et nous menace. Ainsi ces vigiles à l’œuvre au nom de sociétés privées dans les concerts, leurs gueules sévères et burinées qui me valent parfois l’impression de les reconnaître, de les avoir déjà aperçus au milieu de la série de photos de suspects punaisée par les enquêteurs aux murs de leurs bureaux, dans le thriller vu la veille à la téloche.

Enquête bâclée, indices grossiers, conclusions trop évidentes, un physique à charge et une gueule de coupable idéal : tout accable l’éléphant dans le magasin de porcelaine (c’est pourquoi pour ma part je suspecte le colibri).

Cette lassitude d’écrire dans un désert de lecteurs.

J’aime à l’occasion feuilleter les ouvrages des auteurs médiatiques et de tête de gondole. Cela me rassérène et m’encourage ; à condition bien sûr de savoir les fermer à temps. Ainsi ces quelques phrases du dernier livre de Patrick Besson que je m’applique à lire debout dans un rayon de la FNAC, son ronron poussif, sa plume dyspnéique, la platitude du style, de la voix, des images : un paragraphe encore et je me prends pour un écrivain !

Les jours sans. L’effort incroyable qu’il faut pour accoucher d’une phrase, souvent bancale.

La différence entre ce qu’on conçoit et ce qu’on exécute : là nichent la perte, le doute, l’échec, l’amertume. Mais aussi l’inattendu, l’aventure, la surprise, le fortuit, l’inconnu. L’écriture.

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