Semaine 13

Le passage de la préhistoire à l’histoire serait déterminé par l’apparition de l’écriture. Or il en est de même dans une vie d’auteur. Tout paraît vraiment commencer pour lui le jour où il prend la plume, étape décisive et fondatrice de son développement ; jusque-là il n’était rien qu’une amibe, un tétrapode insignifiant, un vertébré sans âme et encore éloigné de sortir de sa flaque. Les jours sans écriture le ramènent d’ailleurs aux stades premiers de son évolution : il se sent mal, vide et vain, accablé par son incapacité d’écrire, comme ayant perdu le langage. Ne lui reste plus que les borborygmes et les grognements. On peut même le voir errant dans la campagne, presque nu et hirsute, enragé comme aux premiers jours, éructant pour lui seul son impuissance et sa détresse – l’auteur cessant d’écrire est un Néandertal.

C’est tout de même un autre effort que soigneusement choisir ses mots, travailler ses tournures, accéder au sens par l’écriture et ses nuances, plutôt que s’en remettre à un smiley (cela dit en passant).

Passe encore pour le lapin ou le loup. Mais personne ne m’égale lorsqu’il s’agit de représenter ma silhouette en ombres chinoises.

Quant à l’œuf de Pâques, est-il vraiment plus dur à gober que cette histoire de retour du tombeau ?

Je trouverais beau, audacieux, poétique, que le magasin – un petit bazar de quartier – baptisé À l’arc en ciel en bas de chez moi soit ouvert uniquement les jours de pluie.

Cet homme à côté de moi buvant son café – le troisième – avec un bruit de chien qui lape. Un coup de langue encore et je lui lance une balle pour qu’il détale le boire ailleurs !

Véhicule de courtoisie. Cette femme insultant copieusement le conducteur de la voiture qui la précède a manifestement négligé de lire l’inscription rédigée en ces termes sur la portière du véhicule obligeamment mis à sa disposition par son carrossier – et au volant duquel sa langue fleurit comme les lilas.

Espèce de Gypaète, de Sterne inca, d’Araçari de Beauharnais, de canari des îles ! Qui s’ébranle lorsqu’on le traite de noms d’oiseaux ?

L’auteur doit-il écrire un jour de grève ? La suspension de son activité confidentielle et non rentable compte-t-elle autrement que pour rien dans le ralentissement contestataire de l’activité économique ? La valeur de son acte suspensif et solidaire est-elle avant tout symbolique ? Doit-il à l’inverse travailler ce jour-là plus que les autres encore à la compréhension des choses ? Opposer aux mots d’ordre et aux slogans répétitifs et convenus son service minimum de la pensée ? Dilemme, dilemme.

Mise en compétition des demandeurs, soumission au chantage des employeurs et des actionnaires, manipulation des sentiments de devoir et de culpabilité, aménagement de la contrainte, travestissement de soi pour correspondre aux normes et critères de l’employabilité, conversion en vertus du simulacre et du mensonge, calibrage de l’humain, appauvrissement et réduction de la personne aux seules dimensions utiles à la valeur économique : rappeler avec force, encore, et encore, et encore, combien le marché du travail est une saloperie !

Marché du travail : un aiguillon pour faire avancer le bétail !

(Peu d’arguments pour m’éloigner de l’idée que les demandeurs d’emploi sont, à leur manière, des prisonniers politiques.)

« Suppression de la carte de transports gratuits dans les TER pour les demandeurs d’emploi ayant refusé une formation. » « Fermer les formations fantaisistes comme celles des métiers du cirque et des marionnettistes, et ouvrir des formations débouchant sur des vrais jobs. » Qui pour soutenir encore que la prosodie est une discipline obtuse et ringarde ? Ainsi cette découverte savoureuse et récente : Wauquiez rime riche avec balcon, zircon et rubicon.

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