Semaine 17

Soupirs sous le mouvement de tes reins. Tu ressens comme une pointe à l’intérieur. Une ombre sauvage et encombrante à ce moment. Elle obscurcit l’éclat de votre décision commune. Pas un rejet absolu, non. Juste le germe d’un doute. L’esquisse d’une autre vie possible. Peut-être l’envie d’un retrait. Jusqu’au bout. La dernière seconde. Maintenant ! Puis ce visage en-dessous toi. Ce frisson qui grandit. L’approche du plaisir. Tout qui se mélange et se brouille. Alors tu oublies. Tu répands, tu délivres. Tu projettes, tu expulses, tu te cambres, tu décharges. Tu trembles un peu. Tu seras père.

« Dire qu’il y a là tout Proust et tout Virgile ! » semble se dire l’enfant devant les pâtes alphabet flottant dans sa soupe. « Dire qu’il y a là mon sang ! » semble se dire le père en regardant l’enfant béat devant ses pâtes.

Insatiable et curieux, l’enfant ayant question à tout est-il obligatoirement l’écho, le présage de l’adulte à venir, imbécile et vaniteux, souhaitant quant à lui avoir réponse à tout ?

Le dernier mot de mon Petit Larousse illustré de 1983 est Zythum, une bière que les anciens égyptiens fabriquaient avec de l’orge germée et broyée. Il aurait sûrement pu s’arrêter à Zymotique (relatif aux ferments solubles) ; mais bon, on sait bien ce que c’est, le petit dernier pour la route…

Sans alcool la fête est plus folle. Mon cul !

Le bourdon en vol, plus bruyant qu’un drone.

Sans la moutarde, comment le lapin et l’andouillette seraient-ils à ce point liés ?

Il ne servirait qu’aux chauves d’avoir des yeux derrière la tête.

Ma mère. Elle pleure si souvent, pour un rien, avec une régularité telle, que ses larmes paraissent se déclencher comme un arrosage automatique.

Calaferte : « Nous existons tous. Dans le tas, nous sommes quelques-uns à vivre. » Quand je les sens tenus à l’écart de la vie et de leur désir, quand je constate avec peine combien ils sont étrangers à eux-mêmes, quand je saigne de les voir à ce point privés d’être, quand je pressens en moi également le néant auquel ils cèdent, quand je souffre du spectacle des autres, j’ai aussi le sentiment parfois de pleurer mes morts.

« Comprenez-moi : c’en est trop de cette vie-là ! Voilà des mois que ça dure ! Des journées entières à profiter de l’existence, à découvrir un autre rythme, à sentir s’écouler le temps, à retrouver le goût de l’essentiel et du simple, mais aussi à lire, à questionner, à réfléchir, à étudier, à mettre en doute et à progresser, c’était inévitable, dans ma compréhension du monde et des choses. Crise politique, économique, écologique, financière, sociale, de civilisation ; le non-sens, l’oubli de soi, nos vies sans vie, entravées, mutilées, contrariées, étouffées : pouah ! Chaque jour il me faut payer pour cette révélation. Plongé dans les ténèbres comme dans une eau bouillante, j’ai l’impression de griller à vif sous les feux de l’enfer. Damné du brasero et de ma conscience en éveil, j’ai vu ce que peu d’hommes enserrés dans la nasse ont l’occasion de voir – croyez-moi c’est flippant ! Et cette putain de liberté, cette saloperie de liberté retrouvée par le fait et qui depuis ne me lâche plus, me tient aux tripes, me récure de l’intérieur et dont l’appel en continu est pire qu’un acouphène. Vraiment je n’en peux plus ! Alors je vous en prie : rendez-moi les moyens du simulacre et du mensonge. Redonnez-moi ma vie d’avant, mes objectifs, mon agenda, mes horaires, mes contraintes. Recillez-moi les yeux, soudez-moi les paupières. Clouez-moi sur la croix d’un quotidien sans questions. Ainsi je porterai la faute des ignorants satisfaits, des abêtis consciencieux, des mystifiés volontaires, des aveuglés consentants, pour les siècles des siècles – je souffrirai pour eux et pour tous les laborieux. Faites de moi leur messager et leur martyr. Occupez-moi, enchaînez-moi, exploitez-moi, essorez-moi – mais par tous les dieux : entendez ma détresse ! »

Ce à quoi son conseiller Pôle Emploi répondit par un bâillement.

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