Semaine 21

Barbares parlementaires, casseurs de droits sociaux, sauvageons en col blanc, les lascars du 49-3 habitent une banlieue si lointaine, si éloignée de nous-mêmes qu’ils nous paraissent étrangers, une menace, à ce point à la marge qu’il nous faut s’en protéger.

El Khomri, si tu savais… ta réforme où on s’la met… Il paraît urgent de renouveler les slogans repris en chœur dans les cortèges, sous peine d’un encombrement nocif et douloureux de l’anatomie suggérée – indispensable aussi bien à la saine évacuation du stress, des tensions que des matières –, vu les réformes et les lois qui depuis longtemps s’y entassent.

Est-ce parce que l’élan de rébellion vient s’y brûler les ailes que le doux chant du Taser est semblable à celui mélodieux du tue-mouches électrique ?

C’est en voyant l’économiste atterré prendre violemment à partie le mormon révolutionnaire au sujet du temps de cuisson des pâtes, sous le regard amusé de l’antifa internationaliste occupé quant à lui à dresser la table, que l’anarchiste transgenre à l’origine de ce rassemblement informel réalisa que la convergence des luttes ne serait pas une mince affaire.

Plan fixe de la sortie d’une usine à Lyon ou de l’arrivée d’un train en gare de La Ciotat. Déjà l’ombre de la caméra de surveillance dans l’invention du cinéma.

Sidéré par la vacuité du discours des comédiens à Cannes ! Tout n’est que lieux communs sur le métier, les réalisateurs, le cinéma. Rien ne semble devoir dépasser la posture. Heureusement qu’un téton vient parfois s’échapper d’une robe pour égayer tout ça (quoique, à tant miser sur le glamour, les tenues extravagantes, ces incidents finissent eux-mêmes par devenir des clichés).

Je ne suis pas sûr que ces actrices ou ces bimbos pourtant largement refaites et gonflées au Botox trouveraient plus fraîche ou désirable une fleur naturelle dotée d’un pétale en plastique.

Lipogramme : liposuccion d’une lettre.

Un livre. L’auteur m’ennuie. Il me donne l’impression de chausser ses phrases comme on enfile ses pantoufles. Tout cela est trop sage, trop carré. Abus de confort, pour le lecteur comme pour lui.

En art, pire que l’erreur : le ronron.

Je trouve stupide la stigmatisation des gens qui font des fautes d’orthographe. J’en fais moi-même et me sens mal placé pour faire des remarques à ce sujet. Mais je suis surpris par cette forme de médiocrité auto-satisfaite, cette façon de porter haut ses manquements en la matière – tendance accentuée et même encouragée par ce contexte de réforme –, assez bien synthétisée par cette phrase relevée sur le net : « J’ai bourré le compte rendu de fautes d’orthographe. Pas grave : l’orthographe c’est un marqueur social ! » Il y a pire que l’indigence : son contentement.

Épicerie, boulangerie, crèmerie, parfumerie, bistrot, tabac-presse, magasin de fringues, de chaussures, de meubles, que sais-je… Avez-vous déjà vu un commerce autre qu’une librairie proposer un rayon Meilleures ventes ? Que je sache, il n’est jamais venu à l’idée du charcutier de mon quartier de suggérer qu’un saucisson soit meilleur que les autres, sous prétexte qu’il soit consommé plus souvent. Pourquoi diable l’idée est-elle venue aux libraires ?

J’ai moins l’angoisse de la page blanche que la crainte de médiocrement la noircir.

Le bétail, avec sa queue, retourne contre la mouche le lasso qui s’abat sur ses flancs ; et c’est ainsi que se perpétue dans les corrals la tradition du plus fort répercutant sur le plus faible ce qu’il subit lui-même.

Plus de moulins à attaquer ? Haut les cœurs, Rossinante ! Nous lancerons nos cerfs-volants contre leurs drones !

Et Cendrillon brisa la pantoufle de verre enfin tendue par le prince pour s’en faire un tesson et régler définitivement leur compte à ses ignobles demi-sœurs.

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