Semaine 24

Dire que nous nous extasions encore devant les prouesses que représentent à nos yeux la construction des pyramides ou les sphères mégalithiques du Costa-Rica, alors que nous savons qu’un simple bousier peut soulever plus de 1000 fois son poids !

1141 fois précisément. Exactitude due aux travaux du docteur Knell, de l’université de Londres, qui détermina la force du bousier grâce à un système de pot fixé sur le dos de l’insecte, que ce chercheur digne des matons les plus vachards de Cayenne a sadiquement rempli d’eau jusqu’à ce que le forçat ne puisse plus se déplacer – d’où cet étonnant ratio de 1141/1.

Billes, pétanque, bowling, billard : c’est à d’autres jeux qu’il faut défier le bousier.

Au risque d’écorner notre supériorité admise et la portée de nos mythes, hormis peut-être l’absurdité de l’entreprise de l’un mais qui ne saurait être portée à son avantage, il faut admettre que la différence entre le bousier et Sisyphe est bien maigre.

Le bousier est un genre de hamster qui aurait su se délivrer de sa roue pour se condamner ensuite à la pousser du dehors.

L’expression « tourner en rond » prend possiblement un sens étranger à l’ennui chez le bousier.

Il faut imaginer le bousier heureux !

Le bousier connaît lui aussi sont lot de traîne-la-patte, de faiblards, de frileux, de chétifs. J’imagine les moqueries et les brimades que doit subir tous les jours la chiffe molle capable seulement de soulever 800 fois son poids !

De mémoire d’entomologiste, on n’a jamais vu un bousier se saisir de sa sphère pour se mettre à jongler, jouer à ballon prisonnier ou défier un basketteur en un contre un aux abords d’un playground. C’est dire si l’animal est besogneux.

Envoyez un homme sur la lune : il filme son exploit, improvise quelques bonds, se fait grandiloquent, plante son drapeau, revient avec des échantillons et roule alors des mécaniques pendant plus de cinquante ans. Envoyez un bousier sur la lune : il la ramène !

Un papillon peut bien déclencher une tornade à l’autre bout de la planète : qui pour m’interdire d’imaginer un lien entre la rotation de la terre sur elle-même et l’activité de milliards de bousiers ?

Atlas n’est autre que la figure usurpatrice du bousier.

Le bousier n’a peut-être pas inventé la roue, mais il ne nous a pas attendu pour découvrir la cinématique du point et les principes du mouvement circulaire de rotation des sphères sur les surfaces inclinées.

Rien à voir avec l’Exposition Universelle de 1958 ou une quelconque représentation de la maille conventionnelle du cristal de fer agrandie des milliards de fois. Les bruxellois le savent bien : l’Atomium est un rêve de bousier.

Telle fut l’origine de la jalousie teintée d’admiration que ce traiteur de la rue des Rosiers suscite encore aujourd’hui chez ses confrères, lui qui fut le premier à poser les principes de l’élevage intensif de bousiers pour rouler les falafels.

Le bousier encore enfant peine logiquement à ne pas être un merdeux.

– Il n’est poinct besoing torcher cul, sinon qu’il y ayt ordure ; ordure n’y peut estre si on n’a chié ; chier doncques nous fault davant que le cul torcher, dist Gargantua.
– O que tu as bon sens, petit guarsonnet ! Ces premiers jours je te feray passer docteur en gaie science, par Dieu ! car tu as de raison plus que d’aage. Or poursuiz ce propos torcheculatif, je t’en prie. Et, par ma barbe ! pour un bussart tu auras soixante pippes, j’entends de ce bon vin Breton, lequel poinct ne croist Bretaigne, mais en ce bon pays de Verron, dist Grandbousier.

C’est pour les culs bien ronds que le bousier bande.

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