Semaine 26

« Mettez-moi une bande Velpeau… un spray nasal… aussi un antifongique… rajoutez-moi deux Doliprane… » Cette femme à la pharmacie qui fait ses courses comme au marché.

Logiquement contrariés de travailler un dimanche, les pharmaciens de garde ont l’air parfois plus fatigués, plus mal en point que leurs clients, si bien qu’en les quittant on se sent déjà un peu mieux.

Y a-t-il un scribe, ponctuel et gourmet, alléché par les plats dont il transcrit tous les jours les promesses, la langue tirée par gourmandise autant que par application, qui parcourt chaque midi la ville pour louer ses services et exposer sa prose à l’entrée des restaurants ? En tout cas les graphies des menus inscrits d’un établissement l’autre à la craie sur les ardoises se ressemblent étrangement.

Midi, soir, apéro, duo, week-end, express, enfant… C’est dans les restaurants qui proposent de la cuisine moléculaire qu’on s’attend à trouver le plus de formules.

Les lunettes exposées par dizaines, tournées vers l’extérieur, ne sont sûrement pas étrangères à mon impression d’être observé chaque fois que je passe devant la vitrine de l’opticien.

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Le hamster encagé, condamné à son tourniquet, est le contre-pied parfait de l’expression la roue tourne pour signifier que les choses changent.

Poissard congénital, condamné à la déveine, pour lui et pour lui seul, la chance tourne comme le lait.

Cette estafette de gendarmerie avec l’inscription motricité renforcée sur la carrosserie. Son conducteur me toise d’un regard stupidement hautain. Confirmation que la bêtise est tout terrain.

Malgré ses marinières et ses duffle coat en vitrine, le magasin Tendance Marine devrait faire songer bientôt à un local de campagne.

Cinq ou six jeunes, garçons et filles, la vingtaine, blacks, sont rassemblés autour d’un banc. Un homme passe, s’arrête devant eux et se met à siffler – remarquablement ! – La Marseillaise. Fin du morceau. Il les regarde, ils le regardent aussi. Sans défiance, mais sans complicité. Silence prolongé. Puis il repart.

Je passe en marchant devant une église. À l’intérieur résonne un chant liturgique repris en chœur par les fidèles. Je m’arrête pour en profiter un peu. Je ressens une émotion forte à écouter ces gens chanter ensemble, solennels et vibrants, tournés vers quelque chose de plus grand qu’eux. Ce trouble me ramène alors au souvenir d’un concert de la compagnie Jolie Môme, où le groupe entonna une Internationale reprise par un public de militants, avec cette foi et cette ferveur si singulières aux chants de l’âme. Même frisson qu’à l’instant devant l’église. Ces gens unis dans la prière, leurs voix remplies d’espoir, leur communion sensible, j’avais trouvé ça beau.

(Il arrive aussi que ces chants de messe, ces foules unies et s’élevant d’une même voix me fassent peur – comme ces chansons reprises en chœur par le public et qui transforment un concert en office m’effraient un peu.)

Ce couple de gothiques aperçu au bar et se dévorant des yeux. Des yeux maquillés d’ombre et pourtant lumineux. Le feu qui prend dans leurs regards a quelque chose de sacré. Deux cierges noirs s’allument à la terrasse.

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