Semaine 35

Un tarif à J+1, un tarif à J+2, un tarif à J+4. La durée de l’acheminement dépend donc du prix concédé. Plutôt cocasse. Imagine-t-on un train dont les wagons de première classe arriveraient trois jours avant ceux de deuxième ? Affranchi, le courrier n’est libéré de rien. Surtout pas du prix du timbre.

Trois hommes excités, gesticulant, hurlant, courant derrière l’énorme masse. Aux temps glorieux c’était pour chasser le mammouth, aujourd’hui pour rattraper le bus.

Une mine de saphir vient d’être découverte au milieu d’une rivière dans le Puy-de-Dôme. Un passionné de géologie passait par là et a vu une pierre bleue briller dans l’eau. Selon un article consacré à l’événement, les pierres proviendraient d’un volcan situé au bord d’un lac, elles seraient « remontées des entrailles de la Terre à la faveur d’une éruption puis auraient voyagé grâce à la fonte d’un glacier pour se retrouver dans ce cours d’eau. » Durée du voyage : 20 millions d’années. 20 millions d’années pour un saphir ! Que nos copines y pensent un peu, elles qui piaffent et ragent et s’impatientent si jamais on ne leur a pas offert un bijou au bout de seulement quelques mois – mais, il faut bien l’admettre, légitimes à reconnaître en nous des goujats si après quelques millions d’années elles n’ont toujours rien vu venir.

Ses bagues sortent de leur écrin comme un marron de sa bogue, les bracelets montent le long de ses bras comme le lierre sur la branche, les boucles poussent à ses oreilles comme les cerises au cerisier ; mais la nature n’est pas toujours si généreuse avec les femmes moins plantureuses.

Un témoin dans un documentaire sur Truman Capote : « Truman était un génie, et les génies ne sont pas toujours heureux. » Qu’ils se rassurent, les laborieux non plus.

Mi-désir, mi-désespoir. Mi-ange, mi-démon. Mi-remède, mi-poison. Un côté pile, un côté face. La seule pièce d’identité qui vraiment nous corresponde.

L’identité ? Remise en jeu à chaque instant par la pulsion du devenir.

Adolescent, le moindre bouton sur notre visage est vécu comme une catastrophe, un outrage insupportable à notre peau lisse et parfaite ; on se sent défiguré. Puis le temps passe, provoquant d’autres ravages, qui font que, l’âge avançant, on finit par s’en moquer – pareillement aux dégâts, l’attention se porte ailleurs.

Découragement et courage sont les deux états nécessaires au suicide, rare forcément.

Sa vie l’ennuyait comme un mauvais livre.

Je ne voudrais vexer personne, mais les fous de Dieu et leur ceinture d’explosifs à la taille ont tout de même tendance à péter plus haut que leur cul.

L’homme important et pressé vit arriver sur lui un oiseau, puis un deuxième. Un troisième s’invita, un autre, puis d’autres encore ; bientôt il en vit se regrouper un nombre inhabituel ici, près de lui, au-dessus, dans cette rue, partout. On aurait dit qu’ils l’observaient, le regardaient de haut, comme un ver, un fruit tombé de l’arbre, qu’ils attendaient de lui quelque chose, mais quoi ? Pourquoi le suivaient-ils ? Qu’avaient-ils à tourner autour de lui ? L’homme important et pressé accéléra le pas, ne comprenant rien à tout ça, commençant même à s’agacer, lui qui n’avait pas de temps à perdre avec ces bêtises, lui qui avait d’autres chats à fouetter et dont personne – oh non personne, en tout cas ici personne, seuls les hommes importants et pressés peuvent sentir ce genre de chose, maudits oiseaux, stupides oiseaux ! – ne savait à quel point il avait du pain sur la planche.

Alors comme ça ces jolis boulots dont on nous parle seraient pour nous des horizons, des accomplissements certains, des objectifs naturels, pour ainsi dire des rêves. De bons salaires, bien sûr. Un confort matériel, évidemment. Une situation stable, pourquoi pas. Mais trouvez-moi un seul enfant qui joue au directeur des ressources humaines ou au responsable de service, au chef d’entreprise ou au cadre supérieur. Un seul !

La vie n’est pas une chose qu’on peut réussir ou rater. Juste qu’on peut vivre.

Parfois, je me sens traversé par le monde. Remué par des mouvements intérieurs et sauvages qui ont à voir avec le rapport que j’entretiens avec lui, ce lien intense et chaotique fait d’exaltation et de doute, de joie et de douleur, de confiance et de peur, d’enchantement et de terreur. Jeu, rires, songes, troubles, angoisses, rêveries, désir – désir ! Et en filigrane le vouloir-vivre, tout simplement. Bien sûr que je suis devenu un adulte. Je ne suis plus un enfant. Mais je suis toujours une enfance.

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