Semaine 40

La sébile tendue par le mendiant, dérisoire tentative de rapiécer sa vie.

Vu le peu de pièces récoltées, le jeune homme jonglant avec ses massues devrait plutôt s’en servir pour assommer les passants et les détrousser franchement.

On a beau être croyant, on en reste pas moins homme. C’est pourquoi je réprouve qu’on afflige un peu trop durement – et avec une légèreté coupable – les grenouilles de bénitier et les dévots du dimanche qui, dans certaines circonstances, manquent il est vrai singulièrement de charité chrétienne. La nature humaine est ainsi faite. Parfois, elle ne peut s’exprimer que d’un seul bloc. La rudesse de cœur, l’étroitesse d’esprit prennent alors toute la place. Pas facile de mêler le bon Dieu à ses bassesses.

Les tracts du Syndicat des Écrivains Ratés sont mal écrits, à la hache, sans esprit, sans souffle. Pour ainsi dire des manifestes.

Où croyez-vous qu’aille le poète ? Dans les limbes ? Dans les éthers ? Dans les nuées ? Non : à la ligne !

Elle adore ce chanteur qui lui donne tant de plaisir. Moi aussi. Il m’en procure beaucoup. Il n’y a rien que j’aime autant que ne pas l’écouter.

Il vendit son âme au diable, puis, saisi par le remords, s’empressa de la racheter sur le marché secondaire où le diable justement, après l’avoir opportunément associée à d’autres contrats du même type afin de structurer un produit financier spéculatif et puissamment toxique digne de la titrisation la plus sauvage, espérait en tirer un bénéfice non négligeable par sa revente à un fond d’investissement ou de pension américain qui saurait alors récompenser autant que satisfaire son esprit tristement boursicoteur – il serait bien naïf de croire qu’aujourd’hui encore, à l’heure du trading haute fréquence, la pénitence et la prière suffisent à racheter nos péchés.

Entendu d’une jeune fille, cette confidence à une amie : « j’en suis sûre : c’est le premier homme de ma vie ! »

Ne jamais livrer ses secrets à mots voilés, dehors, par jour de grand vent.

La route est longue pour les coureurs cyclistes ! À 97 ans, Ferdi Kübler était le doyen des vainqueurs du Tour de France, et voilà qu’au sommet du dernier col, dans les lacets de l’arme à gauche, juste après le virage de la pipe cassée, il se fait doubler par Roger Walkowiak, 89 ans, qui sera un jour ou l’autre détrôné à son tour. Dire qu’ils se croyaient retirés de la course… ça n’en finit jamais !

La roue crève et prend repos dans le royaume d’essieu.

Dans le bus. Tout le monde a le nez sur son téléphone. Je suis le seul à tenir un petit carnet ouvert où je prends des notes. Si bien que je finis par attirer l’attention. Un premier regard se lève sur moi, puis un deuxième, puis un autre. C’est bientôt tout le bus qui s’interroge sur cette anomalie, sur l’objet mystérieux que je tiens entre les mains – Quel est ce Smartphone ? Sa marque ? Son modèle ? – jusqu’à jeter sur moi des yeux agressivement jaloux et envieux, curieux de ce bijou d’ergonomie et de technologie vintage qui m’a été offert sûrement pour Noël.

Réussite et bonheur… à toi et à ta famille… et surtout la santé… Année nouvelle et pourtant, que de formules usées.

L’écrivain à succès écrémant les soirées mondaines et les cocktails se fait alors la réflexion : boire ne l’a jamais aidé à écrire, mais écrire à l’inverse l’aide manifestement à boire.

J’ai une poussière dans l’œil depuis ce matin au réveil. Ce monde en décomposition m’aura fait pleurer tout le jour.

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