Semaine 41

Homme d’affaire carriériste, arriviste, ambitieux, on lui expliqua que cette potion de grand-mère était décidément très utile pour se débarrasser des verrues. Il avisa dès lors la dernière qui venait de lui pousser près de l’ongle, prépara son onguent, se l’appliqua quotidiennement, avec soin, plusieurs fois par jour, puis, au bout de quelques mois, la mixture fit preuve en effet de son efficacité radicale – il disparut complètement.

Le travail laborieux et contraint change l’homme en une amibe éreintée et croupissant dans les eaux émollientes de la paralysie mentale.

C’est en réveillant le paresseux qui sommeillait en lui qu’il put enfin bâiller amplement aux corneilles. (Faut-il toujours que quelqu’un paie pour nos rêves ?)

Le travail comme valeur, comme éducation, comme respect, n’est-il pas précisément l’inverse de ce que l’on nomme aujourd’hui l’emploi ?

L’image que l’on cherche à donner de soi tient le plus souvent de la coquetterie, de la mise en scène, du mensonge. Le nez de Pinocchio qui s’allonge, qui s’allonge, qui s’allonge, est le prototype idéal de la perche à selfie.

La théorie de l’évolution. Des décennies qu’on la connaît, sans qu’elle ait vraiment changé.

Nos pensées elles aussi descendent du singe.

L’air souvent apitoyé, suppliant des chiens me touche plus que la grâce hautaine des chats. Cette préférence est le reflet, soit de ma sensiblerie trop aisément accessible aux bons sentiments, soit de ma vanité d’homme trop facilement revêche à ce qui lui paraît supérieur.

Les pics de fer dressés sur le rebord des fenêtres de ce bâtiment public à la riche architecture empêchent peut-être les oiseaux de s’y poser, mais aussi sûrement les regards, qui voudraient pouvoir admirer la façade sans obligatoirement tomber sur ces rappels disgracieux de notre inhospitalité barbare.

Avez-vous remarqué combien je vais peu à la ligne ? Signe accablant de mon manque de dispositions coupable pour la poésie.

L’art qu’a ce poète de se saisir des petits riens pour en maquiller son grand vide !

Les encouragements du maître ! Il a reçu les encouragements du maître ! La lettre qu’il agite en bout de bras et signée de la main même de son modèle en écriture, parangon admiré depuis toujours et dont il souhaite plus que tout l’adoubement et le respect le met dans un état proche de la transe, gesticulant et hurlant, sautant de joie et pleurant ; un état fâcheusement propice à négliger que la lettre en question contient en effet des encouragements, certes appuyés et nombreux, mais à délaisser l’écriture au plus vite et à se trouver rapidement un métier – proctologue ou égoutier selon ce que le maître a pu déceler de ses capacités à se vautrer dans l’excrément. C’est toujours comme ça avec les membres du Syndicat des Écrivains Ratés : ils ne lisent pas mieux qu’ils n’écrivent !

Cet homme m’explique qu’auparavant il ne pratiquait aucune activité physique, détestait le sport, ignorait le jogging, alors qu’aujourd’hui à force d’entraînement et de persévérance, progressant régulièrement et augmentant peu à peu les distances, il court des marathons – j’en viens d’ailleurs à me demander si Proust, à l’origine, n’était pas plutôt un amateur d’aphorismes.

Si, au lieu de madeleines, la mère de Proust lui avait servi plutôt des pets de nonne, des tartes aux quetsches, des broyés du Poitou, l’expression aurait-elle mêmement pénétré le langage ?

Marcel Barbichon trempait lui jadis des boudoirs dans son thé. Les boudoirs de Barbichon, ça aurait une certaine gueule ! Et pourtant rien. Pas une trace. La postérité est capricieuse…

 

Publicités