Semaine 42

Un étrange virus transforme les humains en zombies. Or la contagion a désormais un double effet : de plus en plus de films d’horreur ou d’anticipation sont construits sur ce prétexte – tendance redondante et lourdingue. Certainement une mutation du virus s’attaquant sournoisement aux cerveaux des scénaristes, des producteurs et des studios, zombies cette fois pour de bon.

Les oiseaux se cachent pour mourir et ne plus avoir à supporter la honte d’être associés aux niaiseries de Richard Chamberlain et à leurs rediffusions fréquentes sur l’une ou l’autre chaîne de la TNT.

« Nous sommes une radio libre au sens strict du terme. » Une liberté au sens strict, est-ce encore une liberté ?

Liberté du subjonctif, conditionnelle à contre-temps.

Certes le rendu est beau, le coloris joli. Plus épuré encore que les motifs habituels ; blanc crémeux, légèrement granuleux, très classe. Drôle d’idée tout de même de refaire la tapisserie dans la nuit. Ce matin tout le monde gratte, gratte, gratte, les doigts gourds sur les spatules. La couche épaisse et résistante va bien finir par s’émietter. Le papier peint de gel sur les pare-brises n’est pas facile à décoller.

Travaillé par les vents, les tempêtes intérieures, l’érosion du temps, son cœur de pierre s’est peu à peu affiné à la pointe pour ressembler à la tête d’une flèche taillée dans le silex ; archéologie témoignant pour le mieux de sa carence intime et de sa sensibilité de Néandertal.

Il dit commettre des textes, des livres, des poèmes. On voudrait maintenant qu’il les écrive.

Phrases toutes faites, lieux communs, clichés – un béton a pris sous la langue.

Le poète a cela de commun avec le goujon leurré, le gardon amorcé, la carpe ferrée, la truite hameçonnée, qu’il va lui aussi trop souvent à la ligne.

Une mer d’huile est comme une alerte aux poissons sur leur devenir friture.

Pour le milliardaire, la mer n’est rien qu’un pont entre deux îles.

L’homme échoué seul sur une île déserte dispose de pouvoirs élargis. Sa barbe à rallonge, son bivouac de fortune, ses repas frugaux cuits au feu de bois sur la plage et sa cabane en branches, s’ils peuvent paraître à première vue inconfortables sont pourtant les signes de sa liberté d’action et de choix. Contrôle de l’habitat, régulation de la chasse et de la pêche, politique agricole locale, travaux d’aménagement du territoire : il légifère selon sa volonté, omnipotent sur son lopin. Ses prérogatives sont claires et sans limites, aucune opposition pour entraver ses désirs ; il décide en maître de tout. Il est à la fois l’exécutif et le législatif, le policier et le judiciaire, le législateur et la loi. On sent pourtant qu’il peine à profiter pleinement de sa liberté souveraine ; pour preuve sa volonté déterminée de construire un radeau et d’envoyer sa flotte à la baille, alors que tant d’hommes au contraire rêvent toute leur vie durant d’avoir les pleins pouvoirs et de régir comme il a l’occasion ici de le faire. Or ne serait-ce pas justement notre chance ? L’opportunité de donner corps enfin à leur fantasme ? C’est pourquoi je propose qu’à compter d’aujourd’hui, dans l’intérêt de tous et aussi bien le leur, les candidats au pouvoir et à l’investiture soient envoyés derechef sur une île déserte où ils pourront dès lors exercer leur empire et donner libre cours à leurs pulsions de gouvernance, foutant par là-même la paix à ceux, et je les sais nombreux, qui se passeraient volontiers de les subir.

(Or je ne dispose en rien des pouvoirs d’un Robinson ; et nous aurons donc droit cette année encore à l’élection présidentielle.)

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