Semaine 45

Malgré son extrême concentration des richesses, le capitalisme aurait permis de circonscrire la pauvreté. J’attends le moment où l’on va nous expliquer que malgré l’embonpoint qu’il suscite, Mac Do est un outil de lutte indispensable contre le cholestérol.

Défaire la nuit ce qu’on a fait le jour : cet emploi déjà n’était pas net.

Même électriques, les fauteuils roulants ne font jamais qu’une place. Les handicapés moteurs sont-ils à ce point interdits de convivialité qu’on ne sache imaginer un canapé roulant ou un tandem ?

Le side-car est la tentative astucieuse de régler définitivement le problème de la béquille.

Et Walkowiak sauta à son tour, laissant la tête à Bahamontes qui sent le souffle sur sa nuque de Gimondi, d’Aimar, de Pingeon et de la mort se relayant à sa poursuite.

Si la terre ne s’entêtait pas bêtement à tourner sur son axe, nous pourrions définir un pôle Est et un pôle Ouest en complément des deux autres. Ce qui, je l’admets, ne servirait pas à grand-chose ; en supplément de nuire au spectacle amusant mais pas non plus indispensable de l’eau tournoyant dans un sens ou dans l’autre selon l’hémisphère avant d’entrer dans le siphon (je sais, l’absence de rotation de la terre aurait des conséquences infiniment plus graves, vents atomiques, radiations mortelles, engloutissement des terres, soleil synchrone, que j’aurais pu souligner en premier ; or il se trouve que ce fragment m’est venu sous la douche et qu’il pourrait néanmoins servir, à défaut d’autre chose – car je ne suis pas dupe du non-sens et du peu d’utilité de ces lignes ! –, à illustrer le rôle et l’influence des effets de contexte sur l’écriture et la pensée).

En conséquence de quoi la terre est un immense tapis roulant.

Extrait d’un contrat de cession de droits signé dernièrement avec un éditeur musical : « Il est précisé, en tant que de besoin, que la présente cession comprend également toutes les périodes successives de protection actuellement instituées et qui viendraient à être instituées dans l’avenir au profit des auteurs, de leurs successeurs, héritiers et ayant droit dans l’UNIVERS. » Au cas où j’aurais baisé sans capote lors de mon dernier séjour sur Saturne et où ma descendance, d’une vénalité sidérale, traverserait l’espace un jour pour réclamer son dû.

J’ai fait le compte de ce que m’ont rapporté jusqu’ici mes droits d’auteur : de quoi nourrir un canari, un poisson rouge. Un chat maigre.

Le Syndicat des Écrivains Ratés menace d’une grève pour protester contre l’inégale répartition du souffle narratif et de la perfection du style.

Pénélope est un joli prénom. Ce serait bien qu’il le reste. Je préfère garder à l’esprit sa rançon de rimes et de chanson. Et puis ma qualité d’auteur à la marge de la marge m’incite à la prudence ; d’une certaine manière, l’écriture est pour moi comme un emploi fictif.

Le soir de l’élection, la solennité du moment, le gonflement du vainqueur, son envergure neuve de président donnent l’impression qu’il vient de retirer Excalibur – puis arrive le début de son mandat et de cinq ans à remuer péniblement son couteau à beurre.

Les réalistes de tous bords ne sont que les pisse-froid émasculateurs de l’innovation et du rêve ! Je crois qu’il est grand temps d’imaginer une société où l’ordre capitaliste enfin pourrait s’étendre, où le développement de l’humain et du mieux vivre ne serait plus son horizon indépassable, où l’extrême concentration des biens et des richesses brillerait de ses mille feux, où le marché serait roi, où des secteurs entiers de l’économie plieraient sous l’effet d’une financiarisation intrépide et sauvage, où les mots « pauvre » et » précaire » retrouveraient une place de choix dans le lexique, où n’auraient réellement de valeur que le marchand et le rentable et où le principe de la subordination de l’être à des intérêts qui le dominent trouverait son expression la plus large dans un espace de soumission et de contraintes qu’on appellerait – pourquoi pas, l’idée est lancée, la chose est ouverte au débat… – « le marché de l’emploi ». Mais j’entends qu’on rit de ma proposition qualifiée d’utopie et qu’il faudra nous accommoder encore longtemps du revenu universel.

Et dire que tous ces « réalistes », ces boiteux du désir, ces fossoyeurs des possibles ont un jour été enfants qui ont cru au Père Noël et au pouvoir des songes, tremblant seuls dans le noir et s’enfonçant loin dans leur lit afin que les draps les protègent contre les monstres de la nuit.

On peut avoir à la fois les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, à condition d’être l’enfant d’un rayon de lune.

 

 

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