Semaine 49

Reportage télé sur les « Baby concerts » proposés par l’Orchestre d’Auvergne pour les enfants en bas âge. Des bambins de quelques mois, deux ans maximum, littéralement happés, subjugués par la musique classique, les notes, les instruments, le mouvement des musiciens ; Hamelin et son joueur de flûte prennent ici tout leur sens.

La photo d’un enfant tenant un ballon sous son bras, posant de face, maigrelet, en short, fier et solennel comme s’il tenait le monde.

Les arbres ballottés par le vent, rudement, violemment, comme s’il se vengeait sur leurs branches de ne pouvoir faire bouger les immeubles, les tours, les blocs, le béton qui partout lui résiste.

Une feuille morte volant dans le vent comme un oiseau maigre.

Corrigeons ce lieu commun : la part la plus inaccessible, la plus énigmatique, la plus mystérieuse de l’être ne ressemble pas à un jardin secret mais à un coin à champignons.

Corruption, tout de suite les grands mots ! Au pire un malentendu ; d’ailleurs, juridiquement parlant, rien n’indique que les cinq cents signatures nécessaires à sa candidature ne puissent être apposées au bas d’un chèque.

(Vide juridique : retard de règles.)

On croit toujours qu’une petite somme d’argent représente beaucoup pour les pauvres, peu pour les riches. Rien de plus faux : si, par exemple, vous perdez un euro, bon, ce n’est pas grave, aucune raison d’en faire un drame ; ce n’est finalement qu’un euro. Mais le rentier, l’investisseur, le spéculateur, l’agioteur qui lui fait travailler son argent sait bien que d’un euro il pourra en faire deux, puis dix, puis mille, puis un million peut-être ; et alors la perte du premier devient en conséquence, forcément, le plus naturellement du monde un événement considérable !

Le pessimiste est convaincu que si sa démarche est stable, équilibrée, c’est qu’il boite des deux côtés.

Ce vieux monsieur répondant « je préférerais ne pas » à un jeune homme lui proposant dans la rue une dégustation gratuite de saumon fumé sur toast gagne aussitôt mon affection.

LA RAVIOLI TUE inscrit en gros sur la boîte avec la photo repoussante d’un homme obèse pour lequel on sent bien que l’AVC n’est pas loin. Étendre le principe à la choucroute, la pizza, le hamburger, le mauvais gras : la lutte contre le cholestérol vaut bien ce packaging spectaculaire, agressif. Puis l’on s’attaquera à la connerie avec des images elles aussi explicites ; la photo de certains écrivains au dos de leurs ouvrages ou en bandeau parait déjà un bon début.

Fumer tue et fait des trous dans la moquette.

Écriture artificielle, les métaphores s’enchaînent jusqu’à l’abus, tout cela est forcé, l’auteur cède de façon grossière à l’effet littéraire, il cherche à maquiller son texte, l’agrémenter, l’orner, le posticher – on dirait que chaque image porte une moumoute.

Cet auteur face caméra remerciant la maison d’édition ayant été « la seule à avoir le courage » d’éditer son livre. En avoir lu quelques extraits m’autorise à penser que, peut-être, les autres manquaient de courage ; mais non d’un certain goût.

Crainte majeure vis-à-vis de mes textes : qu’ils soient tièdes, fades, sans aucune tension de langue.

Je voudrais toujours écrire avec la même tension, le même désir, la même urgence que le fumeur profitant de chaque pause pour tirer sur sa clope.

Tel écrit qui croyait crendre.

 

 

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