Semaine 50

Un brin d’herbe ayant poussé dans une petite fissure de ce mur en béton, en plein milieu. C’est comme un fil qui dépasse.

Dans la rue, difficile de ne pas être attiré par notre reflet dans les vitrines, de ne pas nous regarder, nous aviser, comme si nous ressentions le besoin de nous voir, de nous vérifier, d’attester notre présence par ce coup d’œil furtif et de nous perpétuer ainsi, de tenir bon jusqu’à la prochaine, prolongeant notre existence de vitrine en vitrine – c’est bien moi, oui, toujours là, ouf !

Il crut rencontrer l’amour, ce n’était qu’un reflet.

Présente à elle-même, à son désir, curieuse, intelligente, réfléchie, rêveuse, disponible à ses profondeurs et à l’écoute du sensible – j’aime sa façon d’être une femme d’intérieur.

La remonter des yeux, lentement, du haut de ses mollets jusqu’à la source de ses cuisses : comment rendre meilleur hommage à la robe saumon de cette fille ?

Dûment éduqué aux règles élémentaires de la sécurité publique, partout où il arrive, dans chacun des magasins qu’il fréquente, avant même qu’on lui demande il ouvre aussitôt son sac, sa veste, ses poches, ses bras et parfois même son cœur à des vigiles alors surpris de constater à quel point il en a gros, ça oui, vraiment, très gros sur la patate !

Le citoyen modèle ouvre son sac à l’entrée du magasin, son portefeuille à la sortie – ferme sa gueule partout ailleurs.

L’appétit vient en mangeant ; et c’est mêmement qu’il repart.

Une forêt sombre, lugubre, morbide ; on dirait que chaque branche attend son pendu.

Conséquence d’une mauvaise nuit : je me lève à huit heures et fais la sieste à neuf.

Écrire mieux voudrait dire dormir mieux.

Je chante sous la douche où le public est rare mais concentré, attentif, silencieux – quelle qualité d’écoute ! (Par contre ne pas compter sur lui pour un rappel.)

Le chanteur grimpa sur la scène. Il entonna d’une voix vibrante une chanson dénonçant les horreurs de la guerre. Puis il déroula son récital, dénonçant tour à tour, sans se laisser perturber un instant par les soupirs d’admiration et les applaudissements nourris de la salle, le terrorisme, les religions, la pollution, les méfaits de l’argent, de la mondialisation, les OGM, l’injustice, la faim dans le monde, la pauvreté, les inégalités, un tyran, la malbouffe, la Shoah, le fascisme, les femmes battues, la fonte de la banquise, la dérive consécutive de l’ours blanc, un autre tyran, le conflit israélo-palestinien, la pêche à la baleine, le génocide arménien, la disparition du thon rouge, les rapports non protégés chez les bonobos, un dernier tyran pour la route, avant de terminer son tour de chant par cette chanson merveilleuse, courageuse, sublime, déclinant en quelques couplets sentis l’idée forte que non, radicalement non, les violences faites aux enfants ce n’est pas bien ! À la suite de quoi, après plusieurs rappels et une sortie sous les vivats, il trouva encore la force, certainement porté par les bulles de mousseux remontant lestement dans sa coupe en plastique, au milieu des louanges et de la foule des admirateurs qui se pressaient dans l’arrière-salle du gymnase reconvertie pour l’occasion en loge, il trouva la force de penser seul, du plus profond de sa révolte, malgré les plaies jamais refermées de son âme blessée, fatiguée, égrotante, meurtrie, du cœur de son humanisme à tiroirs et de sa conscience en éveil, au plus brûlant de son martyre, de sa colère et de son cri livré à la douzaine ; la force de penser, donc, au douloureux combat qu’il venait de mener.

Chanteur d’un tube, gloire éphémère, un seul succès et puis plus rien – vie et destin d’un plat du jour.

« Je ne fais pas ça pour l’argent », me dit le commerçant en comptant devant moi pour la deuxième fois sa caisse.

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