Semaine 56

Imitateur dans l’âme, plagiaire de nature, son art éprouvé du pompage était pour lui le seul moyen d’affirmer réellement sa singularité ; donc de se différencier des autres.

Enfiler l’uniforme ne suffit pas à se donner l’allure d’un général ; coiffer le béret seul suffit à avoir l’air d’un con.

Celles qui me montent en ce moment dans les doigts mais parviennent tout de même à se contenir alors que je suis obligé d’écouter ce fâcheux tandis que l’envie de le baffer me démange de plus en plus le confirment : les fourmis sont des êtres sociaux (et c’est heureux pour sa gueule !).

Le carillon de la chapelle des petites sœurs des pauvres, le long d’une rue passante. La légèreté de son tintement en contraste reposant des bruits de la circulation, encore faible à cette heure.

Absence de vent dans ce parc, tout reste immobile, perclus, pour ainsi dire inerte, hormis deux ou trois oiseaux qui volent bas, flappements discrets dans ce Grévin de verdure.

Assis dans un parc presque désert, un livre ouvert à la main. J’entends le bruit d’un froissement d’aile, la faible envergure d’un envol, là, près de moi – je lève les yeux : plus rien ne bouge. Je perçois le mouvement d’une abeille, le son de sa flânerie légère, butineuse, de fleur en fleur puis au-dessus de ma tête – je lève les yeux : plus rien ne bouge. Je sens une brise légère, un petit vent frais souffler sur ma nuque, dont j’entends furtivement qu’il fait frissonner les plantes et les buissons, les brins d’herbe et les feuilles – je lève les yeux : plus rien ne bouge. Ce matin, entre le monde et moi, c’est 1, 2, 3, soleil.

J’aime le vent dans les arbres, son esprit garnement, rieur ; son âme enfantine, gourmande, qui secoue les branches comme pour en faire tomber les fruits.

« Que voudrais-tu devenir plus tard ? » Justement rien, rien de figé, juste une force, un élan, un segment de vie en mouvement, toujours – un devenir constant ! (Il faudrait savoir cela, enfant. Non : enfant on le sait ; il faudrait alors ne pas l’oublier.)

Il se cure le nez avec une énergie telle, le fouille en profondeur avec tant d’application qu’on pourrait croire que se cache là le trésor des templiers.

Le plus grand des enfants de la terre, l’Everest.

C’est parce qu’elle s’est levée sans jamais se briser que la cordillère des Andes est si dure à surfer.

La terrasse d’un café. À mes pieds une étiquette portant la somme de 1250 euros. Ce qui veut dire que s’est assis à cette table, avant moi, quelqu’un ayant dépensé 1250 euros pour un article, un seul, soit cinq fois mon loyer, trois fois mon RSA, plus de deux fois la valeur de ma bagnole. Rien à dire : ce bistrot est un modèle de mixité sociale.

Passage piéton du centre-ville. Une Mercedes s’arrête devant moi, une grosse BMW lui faisant suite. Je me mets à traverser lentement, presque au ralenti. Du coin de l’œil je perçois l’agacement des conducteurs. Voilà qui m’encourage : je réduis chacun de mes pas autant qu’il se peut. La tension augmente, à présent ils sont à moi, à la merci de mon désir, dépendants tout entier de mon humeur et de mes intentions mutines ; je les tiens. Je les oblige à patienter, les gardant à mon rythme. À mi-chemin je m’arrête et me baisse comme si quelque chose sur le sol venait d’attirer mon attention. Je sens leurs nerfs à vif et leur irritation dans l’habitacle. Puis je repars tranquillement, l’air de rien. J’ai l’impression un peu bête de bousculer l’ordre social, ses rapports de forces immuables. Je pose enfin le pied sur le trottoir d’en face. Les deux voitures démarrent en faisant vrombir leurs moteurs. À l’intérieur je jubile. Ce n’est pas tous les jours qu’un pauvre peut imposer sa volonté aux riches.

La sinuosité d’impécuniosité.

Improductif, quel joli mot !

Dans un enclos, quelque part, sont rassemblés un tigre, une antilope et un zèbre. Le zèbre se sait lui aussi doté de rayures : c’est l’égalité des chances. L’antilope se rapproche peu à peu du zèbre : c’est le peuple. Le tigre laisse croire à l’antilope et au zèbre que ce sont eux qui commandent : c’est la démocratie.

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