Semaine 57

Je tapote sur la boîte pour nourrir les poissons, l’aliment tombe en flocons du dessus de l’aquarium, ils s’agitent, se ruent, s’ébrouent, se bousculent pour avoir droit à une bouchée ; et tout à coup j’ai l’impression désagréable de larguer des sacs de riz sur le Sahel.

Un lac. Trois baigneurs côte à côte font la planche. On dirait des poissons morts.

Après l’imprimante à jet d’encre, le poulpe laser.

« Je ne supporte pas la routine du couple », dit-il à sa compagne en la quittant, comme il a quitté toutes les autres pour la même raison, supportant visiblement mieux la routine des cœurs brisés.

Ce bouquet pour vous plaire ma belle et vous cueillir à mon tour dans la position où l’on griffe, où l’on mord, où l’on lèche, où l’on baise – le vrai langage des fleurs.

Je n’ai jamais compris pourquoi le médecin tape de son marteau à la base du genou pour mesurer les réflexes, alors qu’en tapant directement sur les couilles il obtiendrait certainement, en retour, un coup de pied beaucoup plus franc.

Ces gens nombreux auxquels vous tenez gentiment la porte et qui vous disent « merci » sans pour autant penser à la tenir à leur tour, vous plantant là comme si vous étiez leur portier. Qu’on s’étonne s’ils se la prennent la fois d’après dans le pif !

Elle est si bavarde, partage si peu la parole que s’adresser à elle ne veut pas dire lui parler, mais l’interrompre.

Coiffeur bavard : on ne sait plus si on le paie pour couper les cheveux, ou la parole.

Les cheveux blancs, comme coiffé d’un nuage.

Transhumanisme : derrière ceux qui travaillent à nous faire vivre jusqu’à 200 ans, se cachent ceux, jamais loin, qui préparent la retraite à 180.

L’action de l’homme de l’ombre n’est pas toujours rafraîchissante.

« Allez voter ! » Non mais de quoi je me mêle ! J’ai horreur de ces personnalités publiques, présentateurs télé, animateurs radio qui se croient tenus à des leçons de citoyenneté (citoyenneté bancale, puisque incapable de considérer que l’abstention choisie, réfléchie puisse justement correspondre à l’expression d’un choix politique assumé, cohérent, consistant et structuré). Je ne sache pas que leurs efforts à nous faire sauter dans le cerceau soient moins critiquables qu’un journaliste négligeant son droit de réserve en révélant pour qui il vote. Imagine-t-on le tollé, les haut-le-cœur outragés, les hurlements d’horreur tartinés de fiel et de dégoût si l’un d’entre eux osait ponctuer son émission ou sa chronique d’un vigoureux « Abstenez-vous ! » ?

Je viens juste de croiser, en cinq minutes, une personne distribuant des prospectus de soutien à Emmanuel Macron, une autre lisant un livre de Marc Lévy à la terrasse d’un café, une troisième feuilletant Le Figaro en salle, une dernière avec Femme Actuelle dépassant de son sac ; et cette conclusion qui me semble imparable : les gens lisent trop !

Abstentionniste, oui. Mais nullement fier de l’être (pas plus honteux).

L’abstentionnisme, tout sauf une profession de foi.

 

 

 

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